Éthiopie 2026 – Journal de bord
25 Mars au 1er Avril 2026 rédigé par Hélène Verzier District 1710, RC Lyon-Caluire
Notre délégation était composée de sept Rotariens venant de trois districts, accompagnés d’une membre du Kiwanis et d’une représentante du cercle Polio+.
Dès le troisième jour, le groupe s’est séparé en deux. Sylvie B., Isabelle et Baudouin sont partis à Hawassa, au sud du pays, pour participer pendant deux jours aux opérations de vaccination. De leur côté, Cécile, Claudine G., Sylvie, Claudine P., Jean et Hélène sont restés sur place pour participer à la campagne de vaccination sur Addis-abeba.
Voyage et arrivée à Addis-Abeba
Départ le mercredi 25 mars à 21h15. Le vol se déroule sans incident, pour une durée totale de 7h40.
L’arrivée à Addis-Abeba a lieu à 6h15. À l’approche de la ville, la capitale apparaît très étendue, organisée sur un relief vallonné. Les axes routiers sont larges, bien visibles, et déjà très fréquentés à cette heure matinale. L’éclairage urbain met en évidence une ville active et dense.
À l’atterrissage, transfert direct vers l’hôtel Mado. Les chambres avaient été réservées dès la veille, pour pouvoir récupérer après le vol de nuit mais finalement à peine arrivés, nous repartons pour un programme très chargé !
J1 – Centre de rééducation et coordination GPEI
A l’hôtel, nous attendent, pour le petit déjeuner, plusieurs membres du Rotary Club AA ENTOTO engagés dans le programme d’éradication de la polio. Teguest Yilma, NPPC, Aster Zaoude et Zerihoun Tecle. Surprise ! ils sont francophones, ce qui facilite les échanges.
Nous partons en minibus vers le centre de rééducation de Cheshire Ethiopia, situé à Menagesha, au nord-ouest de la ville. Le trajet permet d’observer une urbanisation en cours de développement : alternance de zones construites et d’espaces encore peu aménagés, infrastructures inégales, circulation dense et peu régulée.
Environ 120 enfants sont pris en charge dans ce centre de rééducation. Même si c’est un crève-cœur de voir tous ces enfants plâtrés, l’espoir revient vite en constatant la qualité de la prise en charge, à la fois sérieuse et professionnelle.
Le centre propose également des ateliers mécaniques où sont fabriqués des béquilles, des fauteuils roulants et d’autres équipements. Ces ateliers permettent aux jeunes d’apprendre un métier et d’envisager plus sereinement leur avenir.
La visite coïncide avec un événement officiel, marqué par la présence de la ministre des affaires sociales ainsi que d’un athlète marathonien, vedette nationale. Une remise de fonds issus du Great Ethiopian Run, course caritative majeure du pays, est organisée au profit du centre.
Nous repartons en début d’après-midi vers Addis-Abeba car à 15h, nous sommes attendus au siège de l’Uneca dans le bâtiment de l’OMS pour une réunion avec le coordinateur des partenaires de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio (GPEI).
Le Dr Fadinding Manneh nous présente de manière détaillée la campagne nationale en cours :
L’objectif est de vacciner environ 17 millions d’enfants en quatre jours, du 27 au 30 mars. Pour cela, près de 30 000 vaccinateurs sont mobilisés, au sein d’un dispositif global impliquant plus de 120 000 personnes, incluant les équipes de repérage, d’enregistrement et de logistique.
Le contexte sanitaire est rappelé : l’Éthiopie compte près de 129,7 millions d’habitants, dont 20,8 millions d’enfants de moins de cinq ans. Le dernier cas de poliovirus sauvage remonte à 2001. Le pays a été déclaré « polio free » en 2017, mais des réapparitions de virus dérivés de souches vaccinales ont été observées depuis 2019. Les derniers cas enregistrés datent de 2025, liés à des importations régionales. Aucun nouveau cas n’a été détecté depuis six mois.
Les principaux défis identifiés sont :
- la porosité des frontières avec plusieurs pays voisins
- la mobilité des populations (notamment pastorales)
- certaines zones instables (Tigré, Amhara, Afar)
- une surveillance environnementale encore insuffisante
La réunion met en évidence un dispositif structuré, mais confronté à des contraintes logistiques et géopolitiques importantes.
J2 – Lancement de la campagne et missions de terrain
Lancement officiel
La journée débute à 6h15, avec un départ à 7h15, en compagnie du Dr Fadinding Manneh qui sera présent avec nous pendant les 4 jours de la vaccination nationale, en direction du Churchill Health Center, situé dans le quartier d’Arada, à proximité du lycée Franco-Ethiopien Guebré-Mariam.
Ce site accueille le lancement officiel de la campagne nationale de vaccination. À notre arrivée, des représentants du ministère de la Santé sont présents, ainsi que de nombreuses familles.
Un groupe d’écoliers rejoint rapidement le site. Filles et garçons sont en uniforme — chemise jaune, pull en V gris et pantalon clair — alignés et encadrés par leur enseignante. Les enfants sont obéissants et dociles.
Nous participons à la vaccination. Chaque enfant reçoit une dose orale, puis l’ongle du petit doigt gauche est marqué à l’aide d’un feutre violet afin d’attester de la vaccination.
Une fois vaccinés, les enfants reçoivent un goûter. Ils chantent ensuite une chanson liée à la santé et à la vaccination. L’ensemble se déroule dans un climat calme et organisé.
Zone périurbaine
Nous reprenons ensuite le minibus en direction du sud du quartier de Bole, une zone proche de l’aéroport. Le paysage évolue vers un habitat plus précaire : maisons en tôle, routes en terre battue, petites échoppes construites avec des matériaux hétérogènes.
Les fortes pluies de la veille ont laissé des traces visibles : flaques importantes, sols détrempés, circulation rendue difficile.
Intervention dans une école primaire
Nous arrivons dans une école accueillant environ 2000 enfants. La majorité des élèves a déjà été vaccinée, ce qui témoigne d’un travail préparatoire efficace.
Un point d’amélioration est identifié par l’équipe de l’OMS qui nous accompagne : les feutres utilisés pour le marquage sont parfois trop usés, rendant les marques peu visibles après quelques lavages.
Colline de Yeka
Après un retour rapide à l’hôtel pour déjeuner, nous partons dans le district de Yeka au nord de la ville. Nous avons invités à déjeuner les jeunes Rotactors du Club AA Entoto qui nous accompagneront tout au long de ce séjour. Dans les collines, nous rejoignons une équipe de vaccination composée de trois personnes :
- un vaccinateur (sage-femme)
- un enregistreur
- un agent de mobilisation sociale
Les interventions se font maison par maison selon un protocole standardisé :
- vaccination orale
- enregistrement
- marquage
Les conditions de vie sont rudimentaires et l’accès aux soins reste très limité.
Cette zone est éloignée du centre d’Addis-Abeba, dans une zone montagneuse et forestière uniquement desservie par des routes de terre et de pierres. Dans ce contexte, une urgence lors d’un accouchement est critique : le manque de secours rapides expose les mères à un risque de mortalité très élevé. Malgré certains progrès, l’Éthiopie conserve l’un des taux de mortalité maternelle les plus hauts au monde, une réalité encore plus frappante dans les régions isolées.
Gala de la Francophonie
Nous rentrons à l’hôtel en fin de journée. À peine le temps de nous préparer avant de repartir pour une autre séquence, très différente de celle vécue sur le terrain.
La soirée se tient à l’Hyatt Regency Addis Ababa, à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie. Le contraste est saisissant.
Dans les salons de l’hôtel, se croisent de nombreuses nationalités africaines. Les échanges se font en français, avec aisance et conviction. Discours, conversations informelles, chants, poèmes, rencontres… partout la langue française circule, rassemble, crée du lien.
Il se dégage une forme de fierté collective à l’entendre ainsi partagée et valorisée. Au fil de la soirée, chacun en souligne les qualités : langue de culture, de dialogue, de coopération.
J3 – Mission à Adama (anciennement Nazret)
Départ à 7h du matin en direction d’Adama, située à environ 1h30 au sud-est de Addis-Abeba. La capitale, perchée à 2 530 mètres d’altitude, laisse progressivement place à des zones plus basses : nous descendons d’environ 600 mètres au cours du trajet.
Dès la sortie de la ville, le paysage évolue rapidement. Les zones urbaines denses laissent place à des espaces plus ouverts, marqués par des reliefs volcaniques. Au loin, certaines montagnes atteignent près de 3 000 mètres. La route traverse également plusieurs agglomérations intermédiaires.
Le trajet met en évidence des tensions logistiques : de longues files de camions sont immobilisées à proximité des stations-service, parfois sur plusieurs kilomètres, traduisant des difficultés d’approvisionnement en carburant. Sur certains axes, la circulation reste dense et peu régulée, avec une grande diversité de véhicules.
Réunion avec les autorités sanitaires
À notre arrivée à Adama, dans la région d’Oromia, nous sommes reçus au siège local de la santé publique. La réunion rassemble les responsables sanitaires de la ville, ainsi que des représentants de Organisation mondiale de la santé et de UNICEF.
La présentation met en évidence l’organisation très structurée de la campagne de vaccination au niveau local.
Chaque fonction est clairement identifiée :
- coordination générale
- logistique (chaîne du froid, transport des vaccins)
- gestion des données
- supervision des équipes terrain
- gestion des incidents
Un travail préparatoire important est réalisé en amont :
- cartographie des zones
- recensement des populations cibles
- planification des équipes
- vérification du matériel (glacières, accumulateurs de froid, supports de marquage)
Données de campagne
Dans le district d’Adama :
- objectif : 175 000 enfants
- durée : 4 jours
Au moment de notre visite (2e jour) :
- environ 50 000 enfants ont été vaccinés
- soit environ 29 % de l’objectif
Les données sont suivies de manière détaillée, quartier par quartier. Chaque écart par rapport aux prévisions est identifié rapidement afin d’ajuster les moyens déployés.
La qualité du suivi repose sur :
- une remontée régulière des informations
- une centralisation des données
- une capacité d’analyse rapide
Centre de supervision
Nous visitons ensuite le centre de supervision de la ville, qui fonctionne comme un véritable centre de contrôle opérationnel de sécurité et dont la modernité contraste avec la réalité des rues de la ville.
Ce dispositif comprend un call center actif 24h/24 et un réseau de caméras urbaines
Observation terrain
Nous rejoignons ensuite une équipe de vaccination dans un quartier périphérique plus défavorisé au sud de la ville le long d’un axe routier en plein travaux.
L’environnement est marqué par :
- des routes en terre rouge
- un habitat simple
- une population dispersée
Les équipes appliquent le protocole standardisé par l’OMS que les représentants de santé locaux contrôlent avec attention :
- passage de maison en maison
- vaccination des enfants
- marquage du petit doigt gauche
- marquage des habitations
- enregistrement des données
Dans certaines cours, plusieurs enfants sont regroupés pour être vaccinés simultanément. Les familles observent la procédure, avec bonne volonté.
Les enfants montrent parfois spontanément leur doigt marqué, signe que la vaccination a déjà eu lieu. Beaucoup de mères portent une croix autour du cou : 45 % des éthiopiens sont orthodoxes, 34 % sont musulmans et 20 % sont protestants.
Chaque équipe est composée de :
- un agent de mobilisation (sensibilisation des familles)
- un vaccinateur (porteur de la glacière)
- un enregistreur (suivi des données)
Communication et sensibilisation
La campagne s’appuie également sur des moyens de communication visibles :
- véhicules équipés de haut-parleurs diffusant des messages de sensibilisation
- affiches et supports visuels
- mobilisation des relais communautaires
Ces dispositifs permettent d’informer les familles en amont et de limiter les refus.
Environnement et observations complémentaires
Le trajet permet d’observer :
- des zones agricoles (petites exploitations, élevage)
- une activité économique locale peu mécanisée
- des infrastructures variables selon les secteurs
La chaleur est plus marquée qu’à Addis-Abeba, du fait de l’altitude plus basse.
Sur le trajet retour, nous constatons à nouveau des files de camions en attente de carburant, des axes routiers très fréquentés et ponctuellement, des zones inondées après les pluies
Retour à Addis-Abeba en fin de journée.
J4 – Shagar City
Départ à 7h15 en direction de Shagar City, vaste zone urbaine en périphérie de Addis-Abeba. Le trajet, relativement court en distance, est allongé par une circulation dense dès le matin.
Shagar City est une entité administrative récente, créée en 2022 dans la région Oromia. Elle regroupe plusieurs anciennes zones rurales en cours d’urbanisation rapide. Cette transformation est visible tout au long du trajet : alternance de quartiers en construction, de zones encore agricoles et d’habitations plus structurées.
Réunion avec les autorités sanitaires
À notre arrivée à Nefas Silk, nous sommes accueillis par les responsables de la santé publique locale. La réunion permet de mieux comprendre les spécificités de cette zone :
- croissance démographique rapide et difficile à anticiper
- flux migratoires constants liés aux zones instables du pays et des régions voisines
- décalage fréquent entre les estimations de population et la réalité terrain
Un exemple concret est donné : lors d’une campagne récente, 429 000 enfants étaient attendus, mais 486 000 ont finalement été vaccinés. Cet écart illustre la difficulté à disposer de données fiables dans un contexte de forte mobilité.
Concernant la campagne en cours :
- environ 55 % de l’objectif est atteint au deuxième jour
- la majorité des sous-zones (sub-cities) atteignent ou dépassent leurs objectifs
- une exception est mentionnée dans la zone de Furi, nécessitant un ajustement
Un point est unanimement souligné : le rôle déterminant de la mobilisation sociale en amont. Le travail des équipes de sensibilisation conditionne directement le succès de la vaccination.
Observation terrain
Nous rejoignons ensuite une équipe de vaccination dans le quartier en développement de Sebfta au sud de la ville.
L’environnement montre une urbanisation encore inachevée avec des routes en cours de construction, des infrastructures partielles, des chantiers partout avec leurs échafaudages en bois.
Dans une cour résidentielle, les familles sont déjà rassemblées. La préparation en amont est visible :
- les mères attendent avec leurs enfants
- les échanges avec les équipes sont naturels et détendus
- aucune réticence apparente à la vaccination L’organisation est identique aux autres zones observées :
- un agent de mobilisation
- un vaccinateur équipé d’une glacière
- un agent en charge de l’enregistrement
Les enfants circulent librement dans un environnement calme. Certains enfants plus âgés, non concernés par la vaccination, observent la scène.
Échanges et retour
À l’issue de la visite, retour vers les véhicules puis déjeuner avec les autorités locales. Les échanges restent techniques et centrés sur l’organisation de la campagne.
La journée confirme les spécificités des zones urbaines en expansion :
- population difficile à quantifier
- nécessité d’adaptation permanente
- importance de la coordination locale Retour à Addis-Abeba en fin de journée.
J5 – Surveillance environnementale et système de santé
Départ à 8h en direction d’un site de surveillance environnementale situé en périphérie sud-est de Addis-Abeba.
Surveillance des eaux usées
Nous sommes accueillis par un responsable de l’ OMS et un superviseur du ministère de la Santé.
Le site se situe à la sortie d’un réseau d’égouts, avant l’arrivée des eaux dans des bassins de décantation à ciel ouvert.
L’objectif est clair : détecter la présence du poliovirus dans les eaux usées afin d’identifier une circulation du virus avant l’apparition de cas cliniques.
Le protocole est précis :
- prélèvement mensuel d’environ un litre d’eau
- manipulation avec équipement de protection complet
- conditionnement en bidon sécurisé
- conservation dans une glacière
L’échantillon est ensuite analysé à Addis-Abeba, puis, en cas de détection, envoyé en Afrique du Sud pour identification de la souche.
Ce dispositif permet :
- une détection précoce
- un ciblage précis des campagnes
- une validation du statut sanitaire de certaines zones Cependant, plusieurs limites sont identifiées :
- nombre de sites très insuffisant au regard du territoire
- manque de personnel qualifié
- contraintes financières importantes
Hôpital néonatal Abebech Gobena Hospital
Nous poursuivons notre visite vers l’hôpital néonatal majeur situé à l’extrémité est de la ville, au terminus de la ligne principale de tramway.
L’équipe de direction nous accueille pour nous présenter le fonctionnement de l’établissement, dont voici quelques données clés :
- Environ 1 200 naissances par mois ;
- Un taux de prématurité de 20 % ;
- La gratuité des soins jusqu’à la sortie de l’enfant.
La visite des services met en évidence une organisation structurée de la néonatalogie malgré des moyens limités, une forte densité de patients et des équipements sous tension. Un point notable concerne les critères de sortie : les nouveau-nés peuvent quitter l’hôpital dès qu’ils atteignent 1,6 kg, un seuil adapté aux contraintes locales bien que nettement inférieur aux standards européens.
Enfin, les turbulettes pour prématurés et les vêtements pour nourrissons apportés de France par Sylvie B. et Sylvie M. sont accueillis avec une grande joie par les sages-femmes homme et femme. Bien que ces dons puissent être perçus comme une goutte d’eau dans l’océan au regard du volume mensuel de naissances, ils sont très appréciés.
Projet de réhabilitation urbaine : River side project
La journée se poursuit par la visite d’un projet de réaménagement urbain lancé par le Premier ministre éthiopien il y a six mois.
Ce programme a conduit au déplacement de dizaines de milliers d’habitants, jusque-là installés dans des bidonvilles particulièrement insalubres et exposés à l’insécurité, afin de restructurer les flancs de la montagne en espaces aménagés et organisés :
- nettoyage des berges
- mise en culture de terres agricoles confiées à des entrepreneurs privés
- création de promenades
- aménagement d’espaces verts
- installation d’équipements sportifs
J6 – EHPI et échanges institutionnels
Départ en matinée vers le siège de l’Ethiopian Public Health Institute (EHPI), installé sur le site de l’ancien Institut Pasteur.
Une visite des laboratoires était prévue, notamment pour observer l’analyse des prélèvements environnementaux. Elle n’a pas pu être réalisée pour des raisons techniques.
Synthèse de mission
Nous profitons de cette rencontre pour formuler un retour structuré sur les observations réalisées depuis le début de la mission.
Plusieurs points ressortent :
- forte mobilisation des autorités nationales et locales
- organisation rigoureuse des campagnes
- implication des communautés
- efficacité du travail de terrain
Les visites en zones urbaines, périurbaines et rurales ont permis de constater :
- l’adaptabilité des équipes
- la standardisation des procédures
- la qualité du suivi
Les limites identifiées concernent principalement :
- la couverture de certaines zones difficiles d’accès
- la surveillance environnementale encore insuffisante
- les contraintes logistiques et financières
Rencontre avec les Rotary clubs
Nous rejoignons ensuite l’hôtel Hilton pour rencontrer plusieurs Rotary clubs d’Addis-Abeba : RC AA Entoto, RC Central Mella et RC AA West.
Les échanges permettent :
- de partager le retour d’expérience de la mission de vaccination
- de renforcer les liens entre clubs avec d’émouvants échanges de fanions
- d’évoquer des projets en cours comme celui d’une ONG engagée dans la nutrition et l’éducation des enfants :
N4ED est une ONG basée à Addis-Abeba, qui œuvre pour améliorer la nutrition, la santé des enfants et l’autonomisation des femmes, à travers des actions concrètes menées au cœur des communautés.
Son centre de Nefas Silk, où nous nous rendons accompagnés de sa fondatrice, constitue un véritable hub communautaire de proximité, où sont développés :
- des programmes de nutrition et de développement de la petite enfance
- des actions de formation et de sensibilisation des mamans
- l’accueil de jeunes enfants en école maternelle afin de favoriser l’insertion professionnelle des mamans.
Ce projet a été soutenu par le Rotary International dans le cadre d’un Global Grant, avec une forte mobilisation du District 1710, et en particulier du RC Monts du Lyonnais dont la représentante Claudine est fortement remerciée.
Après cette visite sur le terrain, nous regagnons l’hôtel sous une pluie battante.
J7 — Une journée au cœur de l’engagement
Après la très belle soirée de la veille au Yod Abyssinia, où nous avons découvert la richesse de la culture éthiopienne à travers la cuisine et les danses traditionnelles, nous quittons l’hôtel à 8h30. Nous sommes accompagnés d’Aster Zaoude et de la présidente des Rotaractors pour une journée qui s’annonce dense et profondément marquante.
L’école “Nouveaux Fruits ADDIS FIREE” — L’espoir en action
Nous arrivons à l’école « Nouveaux Fruits ADDIS FIREE », soutenue par le Rotary Club d’Addis-Abeba Entoto. Elle accueille 365 élèves du primaire (7 à 14 ans) et 275 enfants de maternelle (4 à 7 ans).
Réhabilitée il y a une dizaine d’années par le club, l’école a bénéficié d’améliorations essentielles : accès à l’eau potable grâce à des citernes et des systèmes de filtration, installation de robinets extérieurs pour l’hygiène des enfants, construction de sanitaires dignes. Les Rotariens ont également rénové les bâtiments (peinture, électricité) et mis en place un système de microcrédit destiné aux mamans, favorisant leur autonomie. Une bibliothèque a été créée en mémoire d’un ancien président du club.
Nous entrons dans les classes, nous nous asseyons au milieu des élèves. À l’unisson, ils répètent en français « Bonjour ! Bienvenue ! ». Nous nous asseyons au milieu d’eux.
Leurs regards, pleins de confiance et de chaleur, sont bouleversants. On y lit une bienveillance sincère, reflet du cadre éducatif qui leur est offert.
Les Rotaractors jouent dans l’école un rôle clé : ils entretiennent le potager le week-end pour alimenter la cantine et ont organisé un dépistage ophtalmologique pour tous les enfants, allant jusqu’à financer des lunettes lorsque nécessaire.
La visite s’achève par une distribution de fournitures scolaires — cahiers, stylos, feutres —
Discours de Baudouin
Mesdames et messieurs, chers enseignants, chers élèves,
C’est un grand honneur d’être ici aujourd’hui au nom du Rotary Club de Lille-Lesquin, de Sylvie et d’Hélène. Ce moment peut sembler simple — remettre des cahiers et des stylos — mais sa signification est bien plus profonde.
L’éducation est l’une des forces les plus puissantes dont nous disposons pour changer des vies.
Lorsqu’un enfant apprend à lire, à écrire, à exprimer ses idées, une porte s’ouvre. Une porte vers la confiance, vers les opportunités, et vers un avenir que chaque élève peut façonner lui-même.
C’est pourquoi l’Éducation de base et l’Alphabétisation est l’une des sept causes prioritaires du Rotary International. Nous croyons que chaque enfant, partout dans le monde, mérite les outils pour apprendre, grandir et rêver.
Aujourd’hui, avec ces 200 cahiers et ces 600 stylos, nous ne remettons pas seulement du matériel scolaire. Nous investissons dans votre potentiel. Nous disons à chacun d’entre vous : votre éducation compte, votre avenir compte, et nous croyons en vous.
Aux enseignants, nous exprimons notre profond respect. Vous êtes les guides qui transforment ces outils en connaissances, et les connaissances en possibilités.
Aux élèves, nous adressons tout notre encouragement. Utilisez ces cahiers pour écrire vos idées, vos questions, vos espoirs. Ils vous appartiennent, tout comme votre avenir.
Merci de nous accueillir avec autant de chaleur. Nous sommes fiers d’être à vos côtés, et impatients de voir tout ce que vous accomplirez.
Nous partageons ensuite un café éthiopien et un délicieux pain plat légèrement brioché.
Nous quittons ce lieu touchés par ce que nous avons vu, avec le sentiment qu’un travail important et utile s’y construit chaque jour.
Le Zewditu Memorial Hospital — Comprendre et prévenir
Nous poursuivons notre journée au Zewditu Memorial Hospital, dans une unité spécialisée en neurochirurgie pédiatrique, notamment dédiée au traitement du spina bifida.
Le spina bifida est une malformation congénitale liée à une fermeture incomplète du tube neural, entre le 20e et le 28e jour de grossesse. Souvent associé à une carence en acide folique (vitamine B9), il pourrait être largement évité par une supplémentation adaptée.
Nous découvrons les différentes unités : accueil et information des mères, triage, kinésithérapie, chirurgie. Les équipes apprennent notamment aux mamans à pratiquer certains gestes essentiels comme la pose de sonde urinaire pour accompagner leurs enfants.
Les chiffres sont frappants : des dizaines de milliers de cas chaque année, alors même que la prévention est simple et peu coûteuse. Un programme impliquant plusieurs hôpitaux vise à généraliser la distribution d’acide folique, mais les financements restent insuffisants. Un contact est établi pour approfondir ces besoins.
À l’Ambassade de France — Écoute et perspectives
Après un déjeuner rapide à l’hôtel Mado, en compagnie des Rotaractors que nous souhaitions remercier, Teguest Yilma – la pétillante rédactrice en chef du 1er journal éthiopien économique et Aster nous emmènent à l’Ambassade de France en Éthiopie où nous avons rendez-vous.
Nous y retrouvons notamment les rotariens du RC AA Entoto : Zerihoun et Teguest — ancienne présidente du Club, fondatrice d’une école de sage-femme— ainsi que la jeune présidente du Rotaract.
L’ambassadeur, particulièrement sensible à la lutte contre la polio, se montre très ouvert. Touché
personnellement dans sa famille par cette maladie, il propose de faciliter les liens entre les Français présents en Éthiopie et le Rotary Club Entoto.
Il écoute avec attention notre retour sur la campagne de vaccination, semblant agréablement surpris par son organisation rigoureuse malgré les défis économiques du pays. Nous évoquons le rôle de coordination du GPEI, réunissant notamment l’OMS, le ROTARY, l’UNICEF, le CDC, la Fondation Gates et GAVI, the vaccine alliance.
Les échanges se poursuivent avec des témoignages forts :
- Teguest Yilma expose les enjeux liés à la circulation du virus dans un contexte de migrations régionales.
- Teguest, l’ancienne présidente du club, partage son engagement exceptionnel dans la formation de sages-femmes.
- Aster Zaoude évoque son combat pour les étudiantes aveugles, encore insuffisamment prises en compte.
Zerihoun Tecle conclut en rappelant l’attachement du club à la langue française.
Un centre artisanal — Entre tradition et fragilité
Nous terminons la journée dans un centre de tissage et de poterie fondé par Jacques Dubois, installé ici depuis 40 ans.
L’association Muya fait vivre 350 artisans — soit environ 1500 personnes avec leurs familles. On y produit des écharpes en coton aux motifs traditionnels ainsi que des vêtements pour la marque lemlem.
Un atelier de poterie complète l’activité, avec la volonté de revaloriser un métier encore stigmatisé. Mais une décision récente interdisant l’exportation des produits (du fait de la nationalité étrangère du fondateur) met en péril cet équilibre fragile.
Nous profitons de cette visite pour faire quelques achats, conscients de soutenir directement cette économie locale.
Derniers instants
La journée se termine autour d’un verre chez Teguest, avant qu’une partie du groupe — dont je fais partie — ne parte pour l’aéroport afin de prendre un vol de nuit.
Le lendemain, après les visites des ambassades du Maroc et de la Belgique, puis un passage au musée National d’Ethiopie pour saluer Lucy, ce sera au tour de Sylvie M, Claudine P. et Jean de repartir.
Isabelle et Baudouin retourneront à Hawassa pour poursuivre les liens noués sur place, avant de prolonger leur séjour par une semaine de découverte dans le sud du pays.
Quant à Sylvie B., elle quittera Addis-Abeba en solo, le porte-monnaie bien allégé après avoir fait le tour des boutiques pour équiper les jeunes Rotaractors en vêtements.
Au terme de ces sept jours, nous repartons convaincus d’avoir contribué, modestement, à un effort collectif essentiel. Cette mission rappelle que l’éradication de la polio est proche, mais qu’elle exige encore persévérance et engagement.

