Paul Alexander, l’un des derniers hommes à vivre dans un poumon d’acier est décédé le 11 Mars.
En 1952, les USA connaissent la pire épidémie de poliomyélite de leur histoire : 58 000 cas à travers le pays, 21 000 personnes, majoritairement des enfants, paralysées et plus de 3000 morts. Paul Alexander a alors 6 ans et vit dans la banlieue de Dallas. Il est admis à l’hôpital en raison d’une forme gravissime de polio. Il subit une trachéotomie en urgence. Après 3 jours de coma, il se réveille. Seuls sa tête, son cou et sa langue ne sont pas paralysés. Il est dans un énorme cylindre d’acier relié à une pompe. Il est désormais dans un poumon d’acier, machine qu’il ne quittera quasiment plus pendant 70 ans.
Le poumon d’acier
Au moment de son décès, il était l’une des dernières personnes à vivre dans une de ces énormes machines conçues en 1928 pour permettre aux malades de la poliomyélite atteints d’une paralysie du diaphragme et des muscles thoraciques de respirer. Il persiste de cette époque, aujourd’hui, des images de couloirs d’hôpitaux avec des jeunes enfants enfermés dans des poumons d’acier. Ces images symbolisent la terreur provoquée par la polio avant la mise au point du vaccin qui a permis l’éradication de la maladie dans les pays développés. On apprend alors à Paul la technique de la respiration glossopharyngée qui lui permettra de respirer seul et de sortir de son poumon d’acier sauf la nuit puisqu’il ne peut respirer que consciemment.

Paul Alexander reste un symbole d’abnégation et de résilience.
Il devient ainsi en 1967 le premier texan à être diplômé du lycée en ayant suivi tous les cours à distance : « Je n’ai eu que des A sauf en biologie car je n’avais pas pu disséquer un rat ». Il réussit ensuite à intégrer l’université où il poursuit des études de droit. En 1986, il devient avocat, parvenant difficilement à lever le pouce droit pour prêter serment : « Quand les gens me voyaient, ils se disaient que j’étais un dur à cuire et me choisissaient comme avocat ».
En Juillet 2020, est publiée son autobiographie qu’il a mis plus de 8 ans à écrire en utilisant une tige en plastique dans la bouche pour appuyer sur un clavier et en dictant à un infirmier. Le titre de l’ouvrage est « Trois minutes pour un chien » car un médecin lui avait promis, alors qu’il était enfant, de lui offrir un chiot s’il parvenait à respirer seul plus de 3 minutes.
Dernières années difficiles
Paul Alexander avait fini par s’habituer à son poumon d’acier et avait même refusé de subir une trachéotomie qui lui aurait permis de quitter sa machine et d’être relié à un respirateur moderne. Les dernières années seront difficiles. Il perd petit à petit sa capacité à respirer seul, ce qui l’empêche de quitter sa machine. Celle-ci n’est plus prise en charge et une collecte de fonds lui permet de la faire réparer. En Janvier dernier, il ouvre un compte TikTok dans lequel il répond aux questions des 300 000 abonnés sur sa maladie. C’est en raison d’une autre épidémie que sa vie va s’achever. Il passe ainsi ses dernières semaines à l’hôpital après avoir contracté la Covid-19.
Jusqu’à la fin de sa vie, il aura consacré son temps à alerter le monde sur les dangers de la polio et sur la nécessité de l’éradiquer grâce à la vaccination.
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Dr Jean-Philippe ROSE
Rotary Charleville
District 1670 - Coordinateur PolioPlus 2019-2024
Région 14 polio - Responsable épidémiologie et auteur des flash info











