Une fausse impression de stagnation
Depuis plusieurs années, alors que le nombre d’enfants touchés par la polio a régressé de 99,9%, l’éradication définitive des virus de la polio semble inaccessible avec la survenue chaque année de quelques dizaines de cas de polios sauvages en Afghanistan et au Pakistan et de 2 à 3 centaines de cas de polios liées aux virus vaccinaux en Afrique essentiellement.
En même temps, de nombreux progrès ont été réalisés au niveau des campagnes de vaccination menées dans le cadre de l’IMEP.
Tout d’abord, grâce aux progrès de fabrication, on utilise de plus en plus largement le vaccin injectable. Celui-ci peut être associé actuellement aux vaccins buccaux et il sera amené tôt ou tard à remplacer progressivement ces vaccins buccaux dont l’inconvénient majeur est de relarguer dans les eaux usées des virus vaccinaux susceptibles de muter et de récupérer de la nocivité, même si des progrès tangibles ont été obtenus avec le nOPV2.

En plus, on a aujourd’hui simplifié leur utilisation grâce à des dispositifs d’injection qui permettent de vacciner les enfants en toute sécurité et sans douleur.
L’autre très grand progrès est l’intensification du dépistage de la circulation des virus dans les eaux usées dans tous les pays encore touchés par la survenue de cas de polios. Le but est de prendre de vitesse le virus avant qu’il ait eu le temps de paralyser un enfant en entreprenant une campagne de rappel de vaccination ciblée sur la région touchée.
Enfin, depuis peu, des campagnes transfrontalières sont entreprises dans certains pays dont les frontières poreuses facilitent les mouvements inopinés de population et permettent ainsi à certains enfants d’échapper à la vaccination. C’est le cas entre l’Afghanistan et le Pakistan, 2 pays pourtant en état de guerre larvée et également dans les pays de la Corne de l’Afrique (Éthiopie, Somalie, Sud Soudan, Kenya).

Tous ces progrès peuvent se réaliser grâce à la nature de l’IMEP, entreprise reposant sur un partenariat entre des gouvernements, des scientifiques, des agents de santé de première ligne et des partenaires de la société civile tel que le Rotary. Ainsi, on parvient à contourner certains obstacles de nature politique ou liés à l’insécurité encore bien présente dans beaucoup de pays où nous intervenons.
Les résultats au terme des 5 premier mois de l’année sont encourageants
Seuls 7 enfants ont été touchés par la polio sauvage : 4 en Afghanistan et 3 au Pakistan alors qu’à la même période en 2025 12 enfants avaient déjà été paralysés. Nous saurons dans les mois à venir si ces progrès se confirment puisque nous rentrons à présent dans la période de forte transmission du virus, ce phénomène étant lié à la période de fortes chaleurs puis de la mousson. L’année dernière, les trois quarts des cas avaient été recensés à cette période.
En ce qui concerne les polios d’origine vaccinale, le nombre d’enfants touchés est sensiblement le même que l’année dernière. En 2025, des progrès substantiels avaient été constatés avec une diminution de près de la moitié du nombre d’enfants touchés (241 contre 463 en 2024). En 2026, 61 enfants ont été touchés pour l’instant. La totalité des cas est survenue en Afrique. Le seul bémol à apporter, c’est la réapparition de polios liées aux souches vaccinales 1 et 3 dans certains pays où elles avaient disparu. La mise au point prochaine du nOPV1 et du nOPV3 devrait endiguer le phénomène.
AU TOTAL, LES PROGRÈS EN MATIÈRE DE VACCINS, DE DÉPISTAGE DE LA CIRCULATION DES VIRUS ET DE LA CONDUITE DES CAMPAGNES DE VACCINATION VONT TÔT OU TARD AMENER À L’ÉRADICATION. RESTONS MOBILISÉS

Dr Jean-Philippe ROSE
Rotary Charleville
District 1670 - Coordinateur PolioPlus 2019-2024
Région 14 polio - Responsable épidémiologie et auteur des flash info


