Depuis plus de trois décennies, le Rotary International est à l’avant-garde de l’une des plus grandes initiatives de santé publique de l’humanité : la campagne pour l’éradication de la polio. Ce qui a commencé en 1985 comme une vision audacieuse — débarrasser le monde d’une maladie invalidante — est aujourd’hui sur le point de connaître un succès historique. Mais alors que la lutte mondiale touche à sa fin, de nombreux Rotariens, partenaires et citoyens du monde entier se posent la question suivante : quelle est la prochaine étape ?
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
En 2025, le poliovirus sauvage ne sera plus endémique que dans deux pays : l’Afghanistan et le Pakistan. Grâce au partenariat du Rotary avec l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (GPEI), aux côtés de l’Organisation mondiale de la santé, de l’UNICEF, des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies, de la Fondation Gates et de Gavi, l’Alliance du vaccin, plus de 2,5 milliards d’enfants ont été vaccinés dans plus de 200 pays. Le nombre de cas a chuté de plus de 99,9 % depuis 1988, et le virus est désormais confiné dans de petites zones difficiles d’accès où les conflits, la désinformation et l’instabilité rendent la vaccination difficile. Le monde n’a jamais été aussi proche du zéro, mais « presque » éradiqué n’est pas suffisant.
Pourquoi est-il si difficile d’atteindre l’objectif zéro ?
Le Rotary et ses partenaires sont confrontés à une série de défis persistants :
- Accès et sécurité : dans les zones de conflit, les vaccinateurs risquent leur vie pour atteindre les enfants. Dans certaines régions, les campagnes doivent être négociées village par village.
- Désinformation et méfiance : la réticence à la vaccination, souvent alimentée par des mythes ou des soupçons politiques, peut réduire à néant des mois de progrès.
- Lacunes dans la surveillance : même un seul cas de poliomyélite non détecté peut permettre au virus de se propager silencieusement. Il est essentiel de maintenir une surveillance rigoureuse de la maladie.
- Fatigue financière : à mesure que le succès se profile, l’attention des donateurs peut s’estomper. Or, la dernière ligne droite est souvent la plus coûteuse.
Que se passera-t-il après le dernier malade ?
Beaucoup se posent la question suivante : quelle sera la prochaine étape pour le Rotary et l’IMEP une fois la polio éradiquée ? La réponse est à la fois pratique et visionnaire.
1. Maintenir un monde exempt de polio
Même après le dernier enfant atteint de poliovirus sauvage, le monde doit rester vigilant. Le Rotary apportera son aide :
- Maintenir les systèmes de vaccination systématique afin d’empêcher toute réapparition.
- Détruire ou confiner en toute sécurité tous les échantillons connus de poliovirus dans les laboratoires.
- Soutenir les systèmes de surveillance afin de détecter rapidement toute épidémie potentielle.
Cette phase, appelée « post-certification », durera probablement plusieurs années et nécessitera des investissements et une surveillance continus.
2. Transition de l’infrastructure de lutte contre la polio
La GPEI a mis en place l’un des plus grands réseaux de santé publique au monde, avec des millions de professionnels de santé, des systèmes de surveillance et des laboratoires. Plutôt que de démanteler cette infrastructure, le Rotary et ses partenaires s’efforcent de réorienter ces ressources vers d’autres priorités mondiales en matière de santé, notamment :
- La vaccination systématique contre la rougeole, la COVID-19 et d’autres maladies.
- Les systèmes de réponse aux épidémies pour les futures pandémies.
- Les programmes de santé maternelle et infantile.
Le rôle du Rotary pourrait évoluer du financement de l’éradication vers le maintien de la résilience des systèmes de santé mondiaux.
3. Réinvestir l’énergie mondiale du Rotary
L’éradication de la polio marquera l’aboutissement du plus grand objectif collectif du Rotary. Quelle sera la prochaine étape pour ses membres à travers le monde ? Beaucoup y voient un nouveau départ :
- Un regain d’intérêt pour la consolidation de la paix, l’accès à l’eau potable, l’alphabétisation et la prévention des maladies, autres domaines d’action du Rotary.
- Une réorientation vers la résilience climatique, l’éducation numérique et l’engagement des jeunes, autant de questions qui façonneront la prochaine génération.
- La poursuite du plaidoyer mondial, en tirant les leçons de la lutte contre la polio pour s’attaquer à d’autres maladies évitables.
Quelles leçons le Rotary a-t-il enseignées au monde ?
L’éradication de la polio a démontré ce qu’il est possible de réaliser lorsque le bénévolat local s’associe à un partenariat mondial. Elle a montré que :
- L’engagement communautaire persistant est plus puissant que la politique.
- La collaboration entre les gouvernements, les ONG et les citoyens peut permettre de réaliser l’impossible.
- Chaque dollar, chaque vaccin et chaque bénévole comptent.
La campagne « End Polio Now » du Rotary a non seulement sauvé des millions de personnes de la paralysie, mais elle a également inspiré une culture mondiale de coopération humanitaire.
Alors, quelle est la prochaine étape ?
La fin de la polio ne marquera pas la fin de la mission du Rotary. Ce sera un nouveau départ, où la même détermination qui a permis de vaincre la polio pourra être mise au service d’autres défis humains. Les Rotariens continueront d’être les mains et les voix de l’espoir, qu’il s’agisse de vacciner les enfants, de protéger la paix ou de renforcer les communautés. Et lorsque le monde déclarera enfin « La polio est éradiquée », ce ne sera pas la fin d’une campagne, mais le début d’une nouvelle ère de service et de possibilités. Éradiquer la polio, c’est plus qu’éradiquer une maladie, c’est prouver que l’humanité peut s’unir pour le bien. Alors que le Rotary se tourne vers l’avenir, la question n’est pas « Allons-nous éradiquer la polio ? » (la réponse est oui), mais « Quel grand défi allons-nous relever ensuite ? ».







