1/ LE VACCIN PROVOQUE T’IL DES PARALYSIES ?
En ce qui concerne le vaccin polio injectable, aucun risque de paralysie puisque ce sont des particules de virus inactivées qui sont injectées à l’enfant qu’on vaccine.
Le vaccin polio oral est un vaccin vivant atténué. Les 2 gouttes qui sont ingérées par l’enfant qu’on vaccine contiennent les 3 virus polio qui ont perdu leur pouvoir de nuisance. Ces virus atténués entraînent au niveau intestinal une production d’anticorps qui protègent désormais le sujet vacciné. Ce dernier, à la suite de la vaccination, élimine dans ses selles les virus atténués. Ces derniers sont capables de survivre dans les eaux usées et dans un pays à l’hygiène sommaire, ils peuvent être réabsorbés par des personnes de l’entourage qui se vaccinent ainsi à leur tour.
Le problème est que ces virus vaccinaux sont instables génétiquement et subissent des mutations au contact d’autres entérovirus, surtout s’ils survivent longtemps. Ils peuvent alors récupérer leur pouvoir de nuisance. S’ils sont absorbés par un sujet vacciné, il est protégé par ses anticorps. Par contre, si le sujet est non vacciné, 1 fois sur 200 à 1 fois sur 1000, il peut contracter une polio liée à un virus dérivé d’une souche vaccinale.
Les polios liées à un virus vaccinal ne peuvent toucher que les sujets non vaccinés.
2/ POURQUOI NE PAS UTILISER UNIQUEMENT LE VACCIN INACTIVÉ ?
L’option du choix du vaccin injectable pour mener une campagne mondiale de vaccination est impossible au départ. La chaine de fabrication d’un tel vaccin est beaucoup plus longue que pour la production des vaccins oraux et les laboratoires pharmaceutiques n’auraient pas pu faire face à la demande, d’autant qu’ils avaient déjà des difficultés à approvisionner les pays développés qui utilisaient majoritairement ce type de vaccin.
Surtout, le vaccin polio oral est beaucoup plus adapté à un pays en situation épidémique. Il neutralise les virus polio au niveau intestinal et interrompt ainsi la transmission du virus au contraire du vaccin injectable qui entraine la production d’anticorps uniquement au niveau sanguin. Il empêche ainsi la survenue de paralysie mais il n’agit pas ou peu au niveau intestinal, n’interrompant pas la transmission. Le vaccin polio injectable est un vaccin non altruiste.
En plus, le vaccin injectable coûte beaucoup plus cher que le vaccin polio oral et il nécessite un personnel beaucoup plus qualifié pour la campagne de vaccination.
3/ LES CHIFFRES PUBLIÉS PAR L’IMEP CORRESPONDENT-ILS À LA RÉALITE ?
Entre 2008 et 2010, la campagne de vaccination s’essouffle. Deux épidémies particulièrement graves surviennent au TADJIKISTAN et surtout en République démocratique du CONGO avec des cas de paralysies nombreux et surtout chez des enfants plus âgés. C’est le signe d’une défaillance de la couverture vaccinale mais surtout, il s’agit d’une situation ancienne, alors que ces pays avaient réussi à se débarrasser de la polio. Le directeur du programme polio à l’époque est Bruce AYLWARD. Il met en place en 2010 un organisme d’audit indépendant des partenaires de l’IMEP, l’IMB (independant monitoring board) qui depuis se réunit tous les 3 mois. Celui-ci se met au travail sans tarder et ses conclusions sont sans concession : dans un certain nombre de pays, le programme n’est pas sur les rails et les résultats sont édulcorés. Bruce AYLWARD réagit sans tarder : changement d’organisation et d’équipes, la vitesse de réaction change du tout au tout. C’est un véritable électrochoc et le programme retrouve un nouvel élan. Et en 2012, apparait le slogan END POLIO NOW.
Depuis cette date, on peut faire confiance aux chiffres publiés par l’IMEP.
En ce qui concerne le dépistage des cas de polios, toute paralysie flasque aigüe chez un sujet de moins de 15 ans et chez certains adultes est systématiquement confiée à un médecin référent qui confirme le diagnostic et réalise les 2 prélèvements de selles à la recherche d’un virus polio. Ces 2 prélèvements sont transmis à l’un des 146 laboratoires régionaux répartis sur toute la surface du globe. Tous disposent des dernières techniques de biologie moléculaire. La technique de PCR permet de réduire le temps d’identification du virus polio. On procède systématiquement à un séquençage du génome viral qui va permettre d’identifier le virus : soit un virus polio sauvage1,2 ou 3, soit un dérivé d’une souche vaccinale. On va pouvoir également déterminer la provenance du virus autochtone ou importé d’un autre pays.
Les 146 laboratoires régionaux subissent régulièrement un contrôle de qualité de la part d’un des 5 laboratoires dits mondiaux. Les résultats sont centralisés chaque semaine par les CDC américains qui publient un bulletin hebdomadaire notifiant les nouveaux cas. Il y a donc un retour rapide de l’information localement permettant de prendre en urgence les mesures appropriées.
Un contrôle du dépistage des polios existe. Chaque pays est tenu de notifier chaque année tous les cas de paralysie flasque, qu’il s’agisse d’un cas de polio ou d’une autre affection. La principale autre cause de ce type de paralysie est le syndrome de Guillain-Barré dont on connait la fréquence (1 cas pour 100 000 personnes par an). Ainsi un pays de 10 millions d’habitants qui notifie 0 cas de polio et 100 cas de paralysie flasque aigüe fait un dépistage correct. Si le même pays ne notifie que 20 cas de ce type de paralysie, on dépêche sur place une équipe pour mettre le dépistage à niveau.
De plus, grâce aux prélèvements sur les eaux usées, pratiqués dans tous les pays, on dépiste les porteurs sains puisqu’un sujet infecté par un virus polio élimine ce virus dans ses selles pendant 3 à 6 semaines.
4/ POURQUOI EST-CE SI CHER ?
Ce n’est pas le vaccin qui coûte cher (12% des dépenses), mais la surveillance de l’épidémie, la recherche, le transport et le stockage des vaccins, les campagnes de vaccination (52%) et la promotion de l’action (36%).
Pour en savoir plus sur le financement : lisez cet article complémentaire.
5/ POURQUOI CONTINUER À COLLECTER DES FONDS POUR LA POLIO ALORS QU’IL Y A TANT D’AUTRES PROBLÈMES DE SANTÉ ?
Si nous arrêtions aujourd’hui notre action, il faudrait 1 ou 2 ans pour revenir à la case départ. La survenue l’année dernière d’un cas de polio à NEW-YORK chez un sujet non vacciné, la circulation de virus polio dérivés de souches vaccinales à LONDRES, MONTREAL, JERUSALEM démontrent de plus qu’avec la multiplication des transports aériens et les vagues migratoires, la population de nos pays développés serait menacée.
6/ COMBIEN DE TEMPS APRES LE DERNIER CAS FAUT-IL ATTENDRE AVANT DE DÉCLARER L’ÉRADICATION ?
4 conditions sont nécessaires pour déclarer un pays éradiqué :
- Aucun cas de polio autochtone depuis plus de 3 ans
- Maintien d’une couverture vaccinale satisfaisante
- Maintien d’un niveau de surveillance clinique et biologique satisfaisant
- Existence d’un plan d’urgence en cas de survenue d’un cas importé
Ces conditions seront requises au Pakistan et en Afghanistan après le dernier cas de polio sauvage liée au virus polio 1.
7/ QUELLE STRATÉGIE POUR LES ANNÉES À VENIR ?
Tant qu’on vaccine avec le VPO, on entraine un relargage de virus polio vaccinaux dans les eaux usées. A l’arrêt du VPO, il faudra donc continuer à fournir à tous les enfants une immunité satisfaisante vis-à-vis des virus polio. Il sera donc nécessaire de continuer à vacciner avec le vaccin injectable d’autant plus que les nouveaux vaccins oraux maintenant disponibles, même s’ils sont plus stables génétiquement peuvent encore exceptionnellement récupérer un pouvoir de nuisance (7 cas pour 700 millions de doses utilisées pour l’instant). En plus, en 2002, Eckart Wimmer, un virologue américain, a synthétisé de novo un virus polio. Aujourd’hui, il est très facile de réaliser cette synthèse.
La question actuelle est de savoir combien de temps il faudra continuer le vaccin injectable. L’OMS semble opter pour une durée de 10 ans mais sa stratégie n’est pas encore décidée. Des virologues reconnus internationalement pensent au contraire qu’il faudra continuer plus longtemps d’autant que la vaccinologie fait de grands progrès. Nous aurons probablement bientôt à disposition un vaccin injectable capable d’agir au niveau muqueux, donc capable de créer une immunité au niveau intestinal. Mais les laboratoires pharmaceutiques ne poursuivront leurs recherches dans cette direction que s’ils sont sûrs qu’on continue à vacciner contre la polio.

Dr Jean-Philippe ROSE
Rotary Sanary - Bandol - Ollioules
District 1730 - Coordinateur PolioPlus
Région 14 polio - Responsable épidémiologie et auteur des flash info






