Newsletter 56
A la différence du vaccin injectable (dit de Salk) qui contient un virus tué, le vaccin oral contient un virus vivant mais atténué. Après son administration il se multiplie dans le système digestif et provoque une immunité au niveau intestinal avant d’être éliminé avec les selles pendant des semaines . C’est cette immunité qui interrompt la transmission de personne à personne. Etant vivant, il pourrait se reproduire dans les personnes contaminées et muter pour devenir de nouveau paralysant (la neurovirulence) s’il contamine une personne non ou sous-vaccinée, ce qu’on appelle la polio dérivée des souches vaccinales (PVDV) et c’est ce qui se passe dans les zones de faible couverture vaccinale.
L’OMS a recensé 1115 cas dans le monde en 2020. Avec le mouvement des populations, ces flambées ne sont pas liées à des zones géographiques bien limitées comme le montre récemment la détection du virus vaccinal type 2 dans les eaux usagées à Londres et le cas de paralysie d’une personne sous vaccinée à New York.
Pour répondre à ces flambées et avec le soutien de la fondation Gates (Seattle- USA) , un consortium scientifique a été constitué en 2011 dont le but est de développer un vaccin oral plus stable génétiquement que le vaccin oral historique (dit de Sabin) et ayant la même immunogénicité (peut provoquer la même réponse immunitaire).. Deux vaccins candidats génétiquement modifiés (nOPV2 c1 et nOPV2 c2) ont été développés par l’université de Californie (USA), le National Institute for Biological Standards and Control (NIBSC) (Royaume Uni), la Food-Drug Administration (FDA)[1] et les US Centers for Disease Control and prevention (CDC) (Atlanta – USA). Après des études précliniques et afin d’étudier la sécurité des nouveaux vaccins et surtout leur stabilité génétique, des études cliniques ont été réalisées entre 2017 et 2019 par l’université d’Anvers (Belgique) qui a même installé un village -container baptisé “Poliopolis” [2] pour mener ces études chez des adultes sains. Des études ont été également menées au Panama entre 2018-2020 au Bangladesh et en Gambie en 2020. Elles ont montré l’efficacité et la stabilité du nouveau vaccin et un des candidats (c2) n’a pas été retenu pour un futur développement après les études menées au Panama.
Suite à ces résultats, l’OMS autorise, en novembre 2020 son utilisation dans le cadre de la procédure d’utilisation d’urgence [3] étape qui précède l’autorisation définitive. A noter que ce vaccin est le premier vaccin autorisé par la procédure EUL utilisée habituellement pour les médicaments.
Entre mars 2021 et septembre 2022, 450 millions de doses du vaccin nOPV2 ont été administrés pour faire face aux flambées de la polio dans 21 pays principalement en Afrique et en Asie Centrale (Tadjikstan)[4].

Qui soutient ce projet ?
Outre les partenaires historiques de l’Initiative mondiale contre la polio (IMEP)[5], plusieurs ONG et centres de recherche soutiennent ce projet financièrement et à travers leurs propres équipes de chercheurs. On peut en citer quelques-uns. Pour en savoir un peu plus, on peut se référer sur leurs sites internet respectifs :
PATH [6]
Une ONG américaine à but non lucratif qui opère dans 70 pays dans le monde dans le domaine de la santé publique. Elle a soutenu les études sur le nouveau vaccin nOPV2 en Gambie
FIDEC [7]
Une ONG à but non lucratif basée aux USA créée en 2001 par Daniel Stamboulian, professeur à l’université de Miami. Elle sensibilise les communautés hispaniques et des pays d’Amérique latine envers les vaccins. Elle a soutenu des études sur le nOPV2 au Panama.
L’ICDDRB [8]
Institut de recherches cliniques, biologiques et épidémiologiques basé à Dakha- Bangladesh spécialisé dans les maladies infectieuses et vise à aider les pays à faible revenu à affronter ces maladies et leurs conséquences comme la malnutrition chez les enfants.
Qui fabrique le vaccin ?
C’ est le laboratoire indonésien PT Bio Farma, un des grands producteurs mondiaux de vaccins et d’antisérums. Il a été installé au départ à Jakarta par l’autorité coloniale des Indes Néerlandaises en 1890. Anciennement appelé « l’Insitut Pasteur », il a été transféré dans la ville de Bandung dans l’île de Java en 1923 et est devenu propriété d’état en 1960 sous le nom de « PT Biofarma ».
Notes :
- L’agence fédérale américaine pour les produits alimentaires et médicamenteux
- Cf la Newsletter End Polio Now No 42 : https://cerclepolioplus.org/wp-content/uploads/2021/11/TRF-TOUS-ENSEMBLE-POLIO42.pdf
- Emergency Use Listing (EUL)
- Cf l’article du Dr Jean-Philippe Rose sur la campagne au Tadjikstan dans le No 54 de la newsletter : https://cerclepolioplus.org/article/le-nouveau-vaccin-polio-buccal-monovalent-2-au-tadjikistan-ca-marche/
- L’ OMS, l’UNICEF, le Rotary International et les CDC auxquels se rejoignent plus la fondation Gates et GAVI l’alliance du vaccin.
- https://www.path.org/
- « Fighting Infectious Diseases in Emerging Countries ». www.fidec-online.org
- https://www.icddrb.org/

Abraham Haskour
Rotary Club Clermont-Ferrand Vercingétorix
Président 2023-2024
District 1740 - Coordinateur Polio Plus 2020-2024







